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Les handicapés décident pour les handicapés

 IPS 19 November 2019

Les handicapés sont désormais mieux représentés dans certaines instances décisionnaires de l'administration du Congo-Brazzaville. Cette année, certains d'entre eux, regroupés dans un comité de suivi du plan national, participent au recrutement de leurs pairs dans la fonction publique. (749 Words) - By Marien Nzikou-Massala

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C'est une première avancée qui est le résultat du plaidoyer de la société civile et de sa concertation avec les autorités congolaises.

Pour beaucoup de gens, c'est du jamais vu au Congo! Les personnes handicapées sont désormais étroitement associées aux décisions qui les concernent. Cette petite révolution fait suite à la publication, en avril dernier, d'un décret présidentiel mettant sur pied un comité national chargé de coordonner, suivre et d'évaluer le plan national pour les handicapés.

Cet organe technique a pour mission d'aider le gouvernement dans ses politiques sociales en faveur de ces personnes. Il est présidé par le ministre des Affaires sociales, avec comme vice-présidents des handicapés proposés par leurs pairs. C'est une victoire pour l'Union nationale des handicapés du Congo (UNHACO), l'Union nationale des aveugles et malvoyants du Congo (UNAMAC) et les nombreuses autres associations qui voient ainsi enfin aboutir leurs plaidoyers.

Le projet de texte approuvant le plan d'action national et celui créant un comité de coordination avaient été adoptés par un conseil ministériel depuis mai 2009. L'UNHACO et l'UNAMAC ont appelé sans relâche le gouvernement à mettre en œuvre le Plan d'action de la Décennie africaine des personnes handicapées, adopté par les chefs d'Etat africains en 2002 à Durban, en Afrique du Sud. Le chef de l'Etat congolais, Denis Sassou Nguesso, a finalement paraphé et publié ces textes.

Parler le même langage

Concrètement, le plan national permettra aux handicapés de s'occuper des questions qui les concernent, à différents niveaux de l'administration. Des mesures sont déjà appliquées, notamment lors des recrutements dans la fonction publique de cette année. Ce sont désormais les handicapés qui montent les dossiers des candidats qui sont dans la même situation qu'eux, les acheminent au bon service et suivent leurs traitements. Hugues Boukele, président de l'UNAMAC, exprime sa joie : "Enfin, le gouvernement et les associations peuvent parler le même langage!"

Avant, "tout se passait au niveau de la fonction publique sans que nous soyons impliqués directement. Maintenant, nous recevons les dossiers des amis et nous servons de relais avec le ministère", affirme Florent Matakala, membre d'une équipe de suivi des dossiers de recrutement de 2010. Ce groupe de six personnes compte des sourds, des aveugles et des handicapés moteurs. L'UNHACO les a mandatés pour acheminer les dossiers de ses membres, les suivre et veiller au respect du quota prévu par le plan national. A la fin du recrutement, au moins un nouvel embauché sur dix doit être un handicapé, indique-t-il.

Analysant l'évolution actuelle, Jean de Dieu Goma, président de l'UNHACO et deuxième vice-président du Comité national de coordination, de suivi et d'évaluation, estime que "les résultats de la première Décennie africaine des personnes handicapées (2000-2009) restent mitigés dans la plupart des pays africains". Mais, pour cet ancien ministre chargé des personnes handicapées en 1995 sous la présidence de Pascal Lissouba, "la deuxième décennie (2010-2019) augure au Congo, à n'en point douter, des lendemains meilleurs".

Selon Georges Biakabakana, directeur de la réadaptation au ministère des Affaires sociales, la mise en place de ce plan n'est pas seulement le résultat des plaidoyers des associations, mais aussi la traduction concrète d'une vision politique basée sur "les principes de la participation et de la responsabilité des personnes handicapées".

Avant d'élaborer ce plan, explique-t-il, le gouvernement a d'abord dressé un état des lieux. Les conclusions ont révélé un manque d'organisation et de suivi de ces personnes. L'Etat a donc d'abord institué un fonds de soutien, avant de créer le Comité national de suivi.

Et les entreprises privées?

Biakabakana souhaite à présent que le ministère de la Fonction publique rédige un projet de loi imposant aux entreprises publiques, mais aussi privées d'embaucher au moins 10 pour cent de personnes handicapées. Mais, prévient-il, une loi imposant un quota d'embauche ne peut être efficace que si les associations de handicapés sont crédibles, bien gérées et ne recherchent rien d'autre que le bien-être collectif.

Honoré, père d'un handicapé, déclare espérer que grâce aux nouvelles dispositions et aux mesures à l'étude, "la personne handicapée sera traitée à égalité avec le candidat valide lors de son intégration dans la fonction publique et dans les entreprises privées". Si tel était le cas, ajoute-t-il, "cela soulagerait les parents qui aideraient davantage leurs enfants à réussir leurs études".

Originally published by Inter Press Service. © www.streetnewsservice.org

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