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La société civile ne croit pas au suicide de Tungulu

 IPS 11 October 2019

Le matin du 3 octobre, des médias ont fait état du «décès par suicide» d’Armand Tungulu, appréhendé le 29 septembre par des éléments de la Garde républicaine (GR), la force chargée de la sécurité de Joseph Kabila, président de la République démocratique du Congo (RDC). (676 Words) - By Emmanuel Chaco

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Il était reproché à Armand Tungulu d'avoir, le 29 septembre, jeté des cailloux sur le cortège du président Kabila à Kinshasa, la capitale de la RDC.

Selon un communiqué signé le 4 octobre par une dizaine d'organisations non gouvernementales (ONG) congolaises parmi lesquelles la «Voix des sans voix pour les droits de l'Homme» (VSV), naguère dirigée par Floribert Chebeya, assassiné dans des conditions non encore élucidées à Kinshasa il y a quatre mois, la société civile congolaise affirme que «le décès d'Armand Tungulu est une mort suspecte imputable à l'Etat congolais».

Ces ONG recommandent au gouvernement de «mener une enquête indépendante pour faire toute la lumière sur cette mort, de commander une autopsie objective susceptible de déterminer la cause exacte de la mort et de garantir une indemnisation et un dédommagement de la famille biologique de la victime».

Dans un autre communiqué différent, rendu public le même jour et dont copie est parvenue à IPS, la VSV se dit «vivement choquée par l'exécution sommaire et extrajudiciaire dont Tungulu a fait l'objet dans la nuit du 1er au 2 octobre, suite à la torture, aux traitements cruels, inhumains et dégradants dont il a fait objet depuis son arrestation jusqu'à son décès».

«L'exécution sommaire de Tungulu vient allonger la liste macabre des victimes de l'intolérance, après l'assassinat de Chebeya et la disparition forcée de son chauffeur Fidèle Bazana, par les services de sécurité», ajoute le communiqué de la VSV. «Ceci est une preuve supplémentaire que le gouvernement congolais ne garantit pas à la population la jouissance des droits humains, notamment le droit à la vie, le droit à ne pas être soumis à la torture ou autres traitements cruels, inhumains et dégradants».

Pour élucider les conditions de la mort de Tungulu, le matin du 3 octobre, Flory Kabange Numbi, procureur général de la République, a affirmé, au travers d'un communiqué publié à la radio télévision nationale et dont copie est parvenue à IPS, que l'infortuné «est mort par suicide après avoir utilisé un fil d'oreiller pour se donner la mort».

Présente lors de l'arrestation de Tungulu, Nicole Kashwantale, une infirmière, a pourtant déclaré à IPS que «la mort de Tungulu ne peut qu'être subséquente aux coups qui lui ont été administrés lors de son arrestation sur place à l'aide d'une crosse de fusil sur la nuque et par plusieurs coups de pieds et de poing qui lui étaient en même temps administrés par d'autres membres de la GR pour le maîtriser».

«Avant d'être embarqué de force dans une voiture 4X4 de la GR, par la sécurité présidentielle en compagnie de quatre à six autres personnes qui, apparemment n'étaient ni de loin ni de près liées à l'incident, Armand saignait déjà gravement de la bouche et du nez», ajoute Kashwantale.

Quant à l'argument selon lequel «Tungulu se serait suicidé à l'aide d'un fil d'oreiller», un détenu dans une prison de Kinshasa, qui a requis l'anonymat, a indiqué à IPS qu'il n'a «jamais existé d'oreillers dans les cellules ni dans les installations de la Garde républicaine ni à la prison centrale où ceux qui utilisent des oreillers les amènent de leurs maisons».

De même un capitaine de la GR, qui a témoigné sous anonymat a dit à IPS que «personne ne connaît exactement les conditions dans lesquelles Tungulu est mort». N'ayant pas été de garde la nuit de sa mort, le capitaine a affirmé que «l'état dans lequel il avait été ramené dans la cellule de sa détention, saignant, sans soins médicaux, pouvait déjà laisser croire que son sort n'intéressait personne».

Armand Tungulu, un ressortissant congolais, vivait en Europe depuis plusieurs années et serait venu chercher à acquérir le nouveau passeport congolais à Kinshasa où il se trouvait depuis trois semaines seulement.

 

Originally published by Inter Press Service. © www.streetnewsservice.org

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