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La ruée vers le nouvel or vert

 L'Itinéraire (Canada) 30 March 2019

Prenez un grand fermenteur, ajoutez-y une poignée de microalgues, un peu de lumière, des sucres végétaux et hop! Voilà une toute nouvelle recette de biocarburant qui pourrait facilement remplacer l’éthanol d’ici quelques années. Plusieurs chercheurs s’intéressent à cette nouvelle panacée alors que la première étude de grande envergure à ce sujet débute dans la Belle Province. (750 Words) - By Sophy Lambert-Racine

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Depuis février dernier, des scientifiques de cinq différents centres de recherche du Québec ont entamé leurs investigations. Leur ambition? Trouver une technique qui permettra de produire un biocarburant à base d'algues à faible coût. Selon eux, le jeu en vaut la chandelle car les bienfaits associés à ce nouveau carburant abondent. «Contrairement aux précédentes générations de biocarburants [à base de maïs et de soja], la microalgue est complètement à côté de la chaîne alimentaire», explique Nicolas Bertrand, chargé de projet duConsortium de recherche et innovations en bioprocédés industriels au Québec (CRIBIQ), un organisme qui participe au financement de l'étude. La production de ce carburant ne nuirait donc pas à l'agriculture à des fins alimentaires, comme l'a fait l'éthanol.

En effet, la production de carburant à base de maïs nécessite une surface d'exploitation si grande que plusieurs experts affirment que l'éthanol a contribué aux précédentes crises alimentaires mondiales. Autre fait intéressant à noter : plusieurs microalgues ont une teneur énergétique très élevée. Elles nécessiteraient donc une surface d'exploitation beaucoup plus petite que le maïs pour produire la même quantité de carburant. L'algue pourrait ainsi permettre «d'épargner à la fois les étendues agricoles et les forêts», note Serge Kaliaguine, le coordonnateur de cette étude à l'Université Laval. 

C'est sans compter la très faible empreinte écologique de ce carburant vert. «Les sucres qu'on utilise lors de la fermentation des algues proviennent de plantes qui ont elles-mêmes absorbé du dioxyde de carbone pour se développer. Le bilan d'émission de CO2   est donc très faible», commente avec enthousiasme Serge Kaliaguine. En d'autres termes, on utilise des gaz à effet de serre pour la production d'un carburant plus respectueux de l'environnement. Un prétexte pour faire la fête du côté des écologistes!

 

Il y a toujours un «mais…»

Cependant, il y a quelques petits bémols. «On sait déjà comment produire ce carburant. Ce qu'il faut trouver, c'est une méthode de production rentable», soutient Nicolas Bertrand. Car, à l'heure actuelle, la production de ce combustible est si coûteuse que le seul moyen de rentabiliser cette technique est de récupérer et de commercialiser des sous-produits d'algues qui ne sont pas utilisés pour le carburant. Les substances les plus prometteuses sont le triglycéride, un élément omniprésent dans les huiles comestibles, et la matière végétale des algues qui peut être récupérée dans les industries de la nutrition, de la pharmacie et des cosmétiques.

Bref, la recette parfaite de cette panacée verte n'est pas encore découverte. «Il nous reste aussi à trouver les types d'algues qui produisent la meilleure huile», mentionne Nicolas Bertrand. Car, avec les connaissances actuelles, le triglycéride extrait lors de la fabrication du carburant n'est pas d'assez bonne qualité pour être commercialisable. «Et considérant qu'il y a 200 000 sortes de microalgues répertoriées, le simple fait de trouver des souches parfaites et non brevetées n'est pas chose simple!», renchérit Serge Kaliaguine.

Si tout va bien, les chercheurs québécois pourraient arriver à un produit fini d'ici quatre ans, selon les estimations de Guy Viel, du Centre de recherche sur les biotechnologies marines (CRBM). Mais le délai pourrait être plus long, vu la panoplie de casse-têtes à résoudre.

 

ENCADRÉ : La course contre la montre

Le Québec devra faire vite s'il veut espérer développer une industrie compétitive car la course aux brevets est déjà commencée. Certaines entreprises américaines, notamment Solazyme, ont déjà commercialisé un microcarburant à base de plantes aquatiques! Néanmoins, les chercheurs québécois ne perdent pas espoir. «Si nos études sont concluantes, il pourrait y avoir des changements énormes au niveau socio-économique!, s'exclame le chercheur de l'Université Laval. Après tout, le pétrole est créé naturellement par la décomposition d'algues. D'une certaine façon, on ne ferait que reproduire ce que la nature sait déjà faire. Ce serait remarquable de ne plus dépendre des sources de pétrole!»

À l'heure actuelle, les chercheurs qui participent à l'étude proviennent de cinq différentes organisations : le Centre de recherche sur les biotechnologies marines (CRBM), le Centre collégial de transfert de technologie en oléochimie industrielle (OLEOTEK), le Centre de recherche industrielle du Québec (CRIQ), l'Université Laval et l'Université du Québec à Rimouski.

 

 

Publié à l'origine L' Itinéraire. www.streetnewsservice.org ©

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