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Un avenir sans vision

 Street News Service 04 July 2019

Le 9 juillet, le Sud-Soudan va se séparer su nord et devenir la plus jeune nation du monde. Après des décennies de guerre civile sanglante qui a mené à la mort de 2 millions de personnes, les habitants du sud se préparent pour la vie dans un pays indépendant. Un pays que certains n’auront jamais l’occasion de voir. (1534 Words) - By Danielle Batist

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Razigi Kometi and his occupational therapist Andrew Maina walk down the mud path - this is a big challenge for Razigi.Photo: Simon Murphy

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Razigi standing next to his house.Photo: Simon Murphy

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Razigi was bitten by a blackfly and developed a disease called Onchocerciasis, or river blindness. This is a cut-out of a portrait sized picture. Please download the image for the full size version.Photo: Simon Murphy

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Razigi, 13 years old, is learning how to deal with his recent blindness.Photo: Simon Murphy

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Razigi was bitten by a blackfly and developed a disease called Onchocerciasis, or river blindness. This is a cut-out of a portrait sized picture. Please download the image for the full size version.Photo: Simon Murphy

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Razigi was bitten by a blackfly and developed a disease called Onchocerciasis, or river blindness.Photo: Simon Murphy

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Occupational therapist Andrew Maina teaches Razigi basic skills that will help him not to hurt himself.Photo: Simon Murphy

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Razigi Kometi and his occupational therapist Andrew Maina walk down the mud path - this is a big challenge for Razigi.Photo: Simon Murphy

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Razigi, 13 years old, is learning how to deal with his recent blindness. This is a cut-out of a portrait sized picture. Please download the image for the full size version.Photo: Simon Murphy

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Razigi with his mother Mary Kometi, who also blind. This is a cut-out of a portrait sized picture. Please download the image for the full size version.Photo: Simon Murphy


Le chemin qui mène à la cabane de la famille Kometi est une piste de terre défoncée qui traverse les hautes herbes et les mauvaises herbes qui se trouvent de chaque côté. Pendant la saison des pluies, surtout, atteindre l'enclos qui se trouve à environ six miles de distance de la route principale peut être une lutte. Il y a des légendes urbaines de travailleurs humanitaires qui étaient pris dans la boue dans leur voiture durant la nuit pendant que des hyènes circulaient tout près dans les buissons. Ais tout cela n'arrête pas Andrew Maina de venir ici au moins deux fois par semaine. Il a une bonne raison, dit-il, et il ferait le voyage malgré le danger, même s'il était obligé de le faire à pied.

La raison devient claire dans l'enclos déserté. Maina se dirige vers une des deux seules huttes faites de boue et s'agenouille en face de l'entrée. Sa voix est douce quand il parle. « Razigi, est-tu là? » Quelques secondes plus tard, un garçon timide de 13 ans apparaît à l'huisserie d'argile. Il porte une chemise morne jaune qui est déchirée sur un côté et un short gris qui à des trous béants. Lorsqu'il met ses pieds nus à l'extérieur lentement, il glisse une paume sur le toit de paille de la hutte pendant que son autre main saisit un bâton de bambou. Le garçon à un regard glacé et sans vie, Maina explique que Razigi Kometi est aveugle.

Maine le prend par la main et le conduit à une zone de cuisson couverte qui ce trouve dans le coin de l'enclos. Ils s'assoient sur des tabourets en bois et Maina place un stylo sur une table faite de bâtons de bambou. Il demande à Razigi de trouver l'objet et le garçon met une main sur la table et balaye la surface jusqu'à ce que sa peau touche la plume. Il la ramasse et la sent avec ces deux mains pour la première fois, Razigi dit: « stylo. »

Ce sont des exercices simples comme celui-ci, Maina dit plus tard, qui sont d'une grande importance pour l'avenir de Razigi. « Il a besoin d'apprendre des compétences de base pour se protéger contre les blessures. Nous lui enseignons des méthodes telles qu'utiliser le dos de sa main pour balayer les surfaces avant qu'il saisisse quelque chose, pour qu'il ne coupe pas ses doigts. La sécurité est notre priorité, mais notre plus grande tâche est d'essayer de lui redonner sa confiance en soi. »

La guerre a affecté la plupart de la jeunesse de Razigi. Il a grandi dans un petit village appelé Lui dans l'une des régions les plus pauvres du Sud-Soudan, qui est déchiré par la guerre. Son enfance a été marquée par le conflit entre la majorité musulmane du Nord et les religions catholiques et tribales qui dominent le sud, lorsque les soldat du gouvernement et le rebelles de l'Armée populaire de libération du Soudan (APLS) se sont battus dans ce qui devint la plus longue guerre civile de l'Afrique. Un accord de paix fut signé en 2005, quand Razigi avait 7 ans. Sa mère, Marie, espérait que la fin de la guerre signifierait un nouveau départ pour elle et ses huit enfants.

Cependant, comme avec des milliers d'autres personnes, une catastrophe frappa à nouveau lorsque Razigi et sa mère furent mordus par une simulie et ont développé une maladie appelée onchocercose, ou cécité des rivières. Plus de 37 millions de personnes sont infectées, dont 99 pour cent se trouvent dans les communautés pauvres d'Afrique. La maladie provoque des troubles cutanés et des lésions oculaires invalidantes et, dans les pires des cas, laisse les personnes aveugles. Si la maladie est détectée et traitée à temps, la cécité peut être évitée. Mais le centre médical de la région avait un manque de ressources important et aucun n'était disponible. Quand les collègues de Maina de l'organisme de bienfaisance pour les personnes handicapées du Sud-Soudan SEM ont pu entrer en contact avec les Kometi, les yeux de Razigi et de Marie étaient irrémédiablement endommagés.

Ce sont les héritages caches de la guerre civile, dit Maina. « Quand les gens pensent aux victimes de guerres, ils envisagent souvent des blessures par balles ou des blessures par mines. Ils ne pensent pas à tous ceux pour qui la maladie ou le décès aurait pu être évitée, si seulement le bon traitement avait été disponible. La guerre a arrêté presque tout le développement ici. Plusieurs des déficiences de nos clients sont directement liées à l'absence totale de ressources médicales pendant et après la guerre.

On estime que 3,2 pour cent de la population du Sud-Soudan est aveugle, un taux exceptionnellement élevé, même pour l'Afrique. Beaucoup de cas sont causés par des infections parasitaires, qui peuvent souvent être évitées. Avec le soutien de l'agence d'aide catholique Caritas Écosse, SEM tend la main à 6500 personnes dans les zones rurales de trois comtés.

Un facteur qui complique la situation au Soudan est le traumatisme de la guerre présent dans beaucoup de gens, dit Maina, qui est un ergothérapeute. Dans l'ouest de l'État d'Équatoria, ses jeunes patients souffrent souvent d'anxiété, de peur de bruits forts et de mouvements inattendus, ainsi que de niveaux élevés de stress. Cela a fait que Maina soit d'autant plus déterminé à faire son travail.

Dans l'enclos des Kometi, les efforts des longues heures de formation remplies de patience de  l'équipe SEM commencent à paraître lentement. Après la demande de Maina sur ce que Razigi a fait depuis sa dernière visite, le garçon répond timidement : « J'ai lavé mes propres vêtements la nuit dernière. » « C'est très, très bien de vous, » répond Maina avec un grand sourire. Et à son collègue, quand Ragazi rentre dans la hutte : « Ceci est un événement marquant. »

L'orientation et la formation en mobilité sont d'une grande importance pour le développement d'une personne aveugle et le soutien de la famille et des proches est essentiel. Maina et ses collègues veulent travailler plus étroitement avec la mère de Razigi, lui enseignant les compétences nécessaires pour subvenir à ses besoins et à ceux de son fils, mais un manque de ressources signifie que leur attention est maintenant centrée sur l'enfant. Une tante qui vit avec la famille les aide quand les thérapeutes ne sont pas présents.

Avec l'indépendance enfin à portée de la main, de nombreux Sud-Soudanais sont plein d'espoir pour l'avenir de leur nouvelle nation. Malgré les conflits courants pour la terre et le pétrole, le président du Sud-Soudan Salva Kiir est déterminé à éviter toute action qui puisse compromettre leur indépendance longuement espérée. Son parti, le SPLM (bras politique de l'APLS) a promis la gouvernance démocratique et le développement, mais les défis sont énormes. Un rapport publié par la Banque mondiale en 2010 a déclaré que 85 pour cent des citoyens du Sud-Soudan vivent en dessous du seuil de pauvreté, comparé à 46 pour cent dans le nord. L'espérance de vie à l'échelle nationale est de 58,5 ans, mais la répartition injuste des richesses et le manque constant de développement dans le sud signifie que le chiffre réel pour la nouvelle nation est encore plus sombre.

Dans un pays qui doit commencer à partir de zéro sur tous les niveaux, le soutien gouvernemental est loin d'être adéquat. Des organismes de bienfaisance et des églises, en attendant, font des petits pas pour améliorer la vie de certains des plus vulnérables de la nation. Avec un peu de chance, l'école du village de Lui pourra être capable d'enseigner le braille de base à Razigi l'année prochaine. Un enseignant à déjà exprimé un intérêt, et SEM se penche sur les possibilités de financement pour la formation. Ils espèrent aussi pouvoir acheter des jouets et des outils spéciaux, comme une balle avec une cloche à l'intérieur. Le football était le sport favori de Razigi.

Derrière les deux huttes de boue qui composent les quartiers d'habitation des Kometi se trouve un chemin étroi et terreux. Il est seulement quelques centaines de mètres de longueur, mais quand Razigi est devenu aveugle ce chemin est devenu sans fin pour lui. À la fin du chemin habite l'un de ses deux seuls amis. Il connaissait la route comme le dos de sa main, mais sans la capacité de voir, il a peur de quitter l'enclos. À la fin de chaque visite, Maina et Razigi entrent dans le chemin ensemble. Razigi va en avant, touchant l'herbe à sa gauche et à sa droite avec son bâton de sorte qu'il sait qu'il reste sur la route. Il compte ses pas jusqu'à ce qu'il atteigne le nombre qu'il réussit la dernière fois. C'est alors que Maina met une main sur son épaule, l'encouragent doucement à faire quelques pas de plus avant de tourner le dos. Ils espèrent attaindre la fin du chemin dans quelques mois.

Pour faire un don pour le travail de Caritas au Soudan et dans le monde, visitez le site www.secours-catholique.org ou composez le 01 45 49 73 00.

Traduit en français par Patricia Thaine