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Les commerçants transfrontaliers ne confient pas leur argent aux banques

 IPS 13 June 2019

Un service bancaire électronique nouvellement disponible a reçu un accueil mitigé de la part des commerçants transfrontaliers à Bulawayo, la deuxième ville la plus grande du Zimbabwe, bien qu'il atténue la nécessité de se déplacer avec de grosses sommes d'argent. (890 Words) - By Ignatius Banda

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Des services transfrontaliers de cartes électroniques en différentes devises ont été lancés en avril à Bulawayo, dans le sud du pays, comme faisant partie des efforts visant à faciliter les transactions pour les commerçants qui achètent leurs marchandises dans des pays voisins d'Afrique australe.

La carte rand chargée de la monnaie sud-africaine est valable pour être utilisée en Afrique du Sud tandis qu'une autre carte (chargée en pula) est utilisée au Botswana.

Selon le président de l'Association des commerçants transfrontaliers, Killer Zivhu, la carte rand permet aux commerçants transfrontaliers informels de déposer leur argent dans une banque zimbabwéenne et d'accéder ensuite aux fonds dans des banques en Afrique du Sud sans passer par le change des cambistes informels, comme c'est le cas jusqu'à présent.

La ville de Bulawayo a toujours eu un marché parallèle florissant pour les devises étrangères en raison du grand nombre de commerçants transfrontaliers qui voyagent fréquemment non seulement vers des pays voisins, mais également jusqu'en République démocratique du Congo et aux Emirats Arabes Unis.

Comme dans le reste du Zimbabwe, les commerçants transfrontaliers de Bulawayo utilisent des devises multiples, notamment le billet vert américain, le rand sud-africain et le pula du Botswana.

Les commerçants transfrontaliers, dont la grande majorité sont des femmes, utilisent généralement des systèmes informels de trésorerie pour acheter des devises. Cette pratique, qui s'était répandue en raison de l'effondrement du dollar zimbabwéen, était illégale avant que ce pays politiquement assailli n'ait suspendu sa monnaie en 2009.

Ce sont les commerçants que les promoteurs des cartes espèrent cibler. Le poste-frontière de Beitbridge pour entrer en Afrique du Sud étant le plus fréquenté en Afrique australe, le potentiel des commerçants transfrontaliers, comme une source de devises étrangères pour le Zimbabwe, est énorme.

"Cela fait partie des efforts pour amener de l'argent dans le système bancaire formel, tout en protégeant au même moment les commerçants qui transportent d'énormes sommes d'argent au cours de leurs voyages transfrontaliers", a souligné Zivhu, au cours du lancement du service à Bulawayo.

Des histoires abondent au sujet des Zimbabwéens qui perdent de l'argent face aux escrocs dans des pays voisins lorsqu'ils cherchent à acheter des devises locales. Les cartes électroniques sont présentées comme la panacée pour de tels problèmes.

Mais, tandis que le nouveau service a été lancé en grande pompe et avec éclat dans cette ville, les commerçants transfrontaliers étaient moins qu'enthousiastes.

Sur les marchés aux puces animés, qui jonchent Bulawayo, où se vendent des marchandises allant des vêtements aux appareils électriques bon marché, certaines des femmes qui ont parlé à IPS ont indiqué qu'elles perdraient de l'argent si elles utilisaient les taux de change officiels.

Les cambistes de rue de la ville offrent traditionnellement de meilleurs taux que les banques.

"Ce n'est pas la peine que je récupère mon argent par la banque alors que nous savons déjà que le taux de change officiel est plus faible que ce que nous obtenons dans les rues", a déclaré Mavis Maravanyika, de son étal à l'extérieur du centre commercial de Bulawayo, où les commerçants vendent une collection de produits importés.

"Je vais attendre d'autres [personnes] pour entendre ce qu'elles ont à dire sur cette carte", a-t-elle ajouté.

Sibatshaziwe Ndlovu, une autre commerçante a dit: "Nous comprenons les dangers auxquels nous sommes exposés lorsque nous voyageons avec beaucoup d'argent en traversant la frontière, mais je n'accepterai pas de perdre même quelques centimes pour les banques.

"Beaucoup de gens se plaignent des frais bancaires, ce qui constitue la raison pour laquelle la plupart d'entre nous ont renoncé à mettre de l'argent à la banque en premier lieu", a observé Ndlovu.

Takura Dzimuto, un économiste, affirme que cela prendra du temps avant que les Zimbabwéens ne confient à nouveau leur argent aux banques.

"C'est un grand projet seulement si nous ignorons des attitudes qui ont émergé dans ce pays au sujet du placement d'argent à la banque. Beaucoup de méfiance à l'égard de ces institutions s'est développée au fil des ans. Il faudra convaincre les commerçants", a déclaré Dzimuto.

Les taxes peuvent être une autre raison pour laquelle les commerçants peuvent vouloir rester sous le radar. Un mauvais contrôle frontalier signifie que le Zimbabwe perd des recettes tant nécessaires puisque les commerçants font passer des marchandises sans payer de droits de douane.

"Il y a des gens qui traversent les frontières avec des marchandises qu'ils veulent vendre, mais affirment qu'elles sont pour un usage personnel. C'est contre la loi", a indiqué Patrice Silamulela, un responsable du 'Zimbabwe Revenue Authority' (Trésor public du Zimbabwe) qui était également présent au cours du lancement du service de la carte.

Selon des responsables de l'Association des commerçants transfrontaliers - qui compte plus de 15.000 membres - jusqu'à 2.000 commerçants traversent la frontière pour se rendre en Afrique du Sud tous les jours.

Les commerçants transfrontaliers sont parmi les groupes d'intérêt qui ont fait pression pour la libéralisation du commerce dans la Communauté de développement d'Afrique australe dans le cadre des plans d'intégration économique plus large de la région, qui incluent une monnaie régionale commune.

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