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Quel avenir pour le café haïtien?

 L'Itinéraire (Canada) 20 June 2019

Jadis pilier de l’économie haïtienne, la production de café est en perte de vitesse depuis une vingtaine d’années. Introduit en Haïti au 18e siècle, le café pourrait bien devenir un enjeu stratégique de la reconstruction du pays. (583 Words) - By Camille Gaior

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Un agriculteur plonge sa main dans une récole de «cerises de café», les fruits du caféier étant appelés ainsi. Photo: REUTERS/Y.T. Haryono

Au début du 20e siècle, près de 500 000 sacs de 60 kg étaient produits annuellement, contre seulement 350 000 aujourd'hui*. «Après la chute de Jean‑Claude Duvalier, les industriels se sont lancés dans l'importation de produits en Haïti et nous ont abandonnés», raconte Frito Merisier, producteur et coordonnateur de la Plateforme Nationale des Producteurs de Café d'Haïti (PNPCH).

 

Une industrie à développer

Aujourd'hui, le café fait vivre 200 000 familles, soit près d'un million de personnes. «Haïti compte plus de neuf millions d'habitants. Une personne sur neuf vit du café; c'est une industrie que nous devons développer», souligne Kerlande Mibel, présidente de la Jeune Chambre de commerce haïtienne de Montréal.

Une position que partage Stephan Jean-Pierre, fondateur et président de Cafés Terrebonne : «En plus de faire vivre des familles entières, l'exportation de café génère des devises et créent des emplois en milieu rural.»

 

Des acteurs clés

Après le départ des industriels, les producteurs, convaincus de la richesse de leur produit, se sont rapidement regroupés en coopérative. «Nous avons créé la PNPCH pour promouvoir le café et défendre les droits des producteurs», poursuit M. Merisier. Initiée il y a 12 ans, la Plateforme regroupe aujourd'hui 38 000 membres.

Une union inédite qui a tout de même ses limites, selon M. Jean-Pierre, importateur de café. «Il faut développer des modèles de cultures associées pour permettre aux producteurs d'avoir des revenus fixes. C'est un travail de gestionnaire et non de producteur», souligne l'homme d'origine haïtienne.

Le café se récoltant tous les cinq ans, sa production peut facilement être associée à d'autres cultures pour une meilleure rentabilité des terres. «Cette stratégie ne pourra se réaliser que par une alliance entre le secteur privé et les travailleurs locaux», souligne l'ancien directeur de la Fédération des associations caféières natives en Haïti.

 

L'après 12 janvier

Si le séisme de 2010 a épargné les campagnes, les producteurs ont tout de même été touchés par la catastrophe. «Tout se fait à Port-au-Prince, décrit Frito Merisier. L'éducation, la santé et surtout le commerce.» Les évènements du 12 janvier ont complètement paralysé l'économie du pays, déjà fragile.

Cette tragédie pourrait-elle se transformer en une opportunité? C'est en tout cas l'avis de Kerlande Mibel. «Depuis le 12 janvier, Haïti bénéficie d'un certain capital de sympathie; il faut en profiter et réaliser de grandes choses pour notre pays. Nous pourrions miser sur le café et en faire un produit ambassadeur», conclut-elle.

*Chiffres de l'Institut national du café d'Haïti (INCAH)

 

ENCADRÉ

Un rôle environnemental important

En plus de son rôle économique important, la production de café a un impact environnemental positif non négligeable. «Le café a besoin d'ombre pour pousser, explique Stephan Jean-Pierre. Développer des terres permettrait de reboiser une partie du territoire.» Un argument de taille alors qu'actuellement, Haïti ne compte que 2 % de couverture forestière dont la moitié est occupée par des cultures caféières.

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