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Rapprocher deux solitudes sur la chaise du dentiste

 L'Itinéraire (Canada) 20 June 2019

Cet hiver, la Mission Bon Accueil et l’Université McGill inauguraient fièrement la clinique James Lund, qui offre des soins dentaires gratuits pour les itinérants et la population à faible revenu. (548 Words) - By Sophy Lambert-Racine

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C'est la première clinique du genre dans la métropole. Une bonne nouvelle pour les plus démunis, qui sont malheureusement ceux avec le plus de problèmes de santé dentaire. Cependant, cette initiative est plus qu'une simple activité philanthropique; elle permet aussi de rapprocher deux solitudes: les médecins et leur clientèle moins bien nantie.

Plusieurs études démontrent que ce sont les populations défavorisées qui ont le plus tendance à remettre à plus tard leur rendez-vous chez le dentiste. «Le modèle du bureau privé, ça fonctionne bien pour 80 % de la population. Mais les 20 % restants, souvent, ne viennent que lorsque le problème est urgent», explique Paul Allison, doyen de la faculté de dentisterie à l'Université McGill.

Évidemment, le manque de sous a un rôle à jouer, mais certaines causes seraient plus complexes, car même les assistés sociaux, qui peuvent se faire rembourser leurs soins dentaires par l'État, ont tendance à négliger leur santé buccale. «Des assistés sociaux nous ont dit qu'ils sont parfois stigmatisés dans les cliniques», mentionne Debbi Marsellos, coordonnatrice des relations médias à la Mission Bon Accueil. «Souvent, ils ne sont tout simplement pas confortables, ils ne se sentent pas à leur place», renchérit Cécile Onana, du même organisme.

Les relations seraient tendues entre les populations défavorisées et les dentistes, notamment parce qu'ils sont issus de milieux économiques différents, ce qui peut susciter une myriade de quiproquos lorsqu'ils se retrouvent face à face. Paul Allison espère justement que la clinique James Lund contribuera à mettre fin à ce problème de communication.

Ce sont des étudiants en dentisterie qui prodiguent nettoyages et plombages à la clientèle de la Mission Bon Accueil. Jusqu'à 24 patients passent sur l'une des chaises de dentiste, chaque semaine. «On offre les services préventifs, les nettoyages, les plombages, les extractions simples…, énumère Shan Sun, étudiante à cette université. Mais on n'offre pas les services pour des prothèses dentaires. C'est toutefois couvert par le programme d'aide sociale».

Ces étudiants sont donc en contact avec des groupes relativement absents des cliniques traditionnelles, ce qui les sensibilisera peut-être à la nécessité d'ouvrir le dialogue avec ces individus souvent incompris. M. Allison a bon espoir que certains dentistes en herbe oseront sortir des sentiers battus afin d'ouvrir des cliniques qui répondent mieux aux besoins des moins nantis. «Pour être capables de rejoindre les populations plus marginalisées, les dentistes doivent être plus imaginatifs, plus proactifs», mentionne ce dernier. Le concept mis de l'avant par la clinique James Lund deviendra peut-être un moyen de mettre fin au dialogue de sourds entre soignants et soignés.

 

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Selon une étude de l'Association dentaire canadienne, les enfants québécois issus des familles défavorisées auraient deux fois plus de caries que ceux qui proviennent de milieux plus aisés. L'écart se creuse davantage auprès des adolescents et des adultes. Un bon prétexte pour ouvrir la clinique James Lund, puisque la métropole serait aussi «l'une des villes où l'on compte le plus haut taux de pauvreté au Canada», rapporte Cyril Morgan, directeur général de la Maison Bon Accueil.

 

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