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Comprendre la société civile et son action au Burundi

 Clin d'œil (Burundi) 23 May 2019

Plus d’un cherche à comprendre le fondement et l’action de la société civile au Burundi sans toutefois avoir une réponse bien précise. Afin d’éclaircir cette question plus pertinente, la rédaction de Clin d’œil a rencontré Monsieur Pacifique NININAHAZWE qui est actuellement dans son deuxième mandat en tant Délégué Général de Forum pour le Renforcement de la Société Civile, FORSC en sigle. Nous vous invitons à lire l’intégralité de l’interview qu’il nous a accordée. (1262 Words) - By Jean Baptiste Niyongabo

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Pacifique NININAHAZWE, General delegate of FORSC. Photo courtesy of Clin d'Oeil

Clin d'œil : Pourquoi la société civile au Burundi ?

Pacifique NININAHAZWE : La notion de la société civile est un concept nouveau ici chez nous  mais il se trouve aujourd'hui que dans le monde, on distingue trois types de sociétés. Il y a la société politique composée des acteurs politiques, c'est-à-dire ceux qui sont au pouvoir et ceux qui aspirent accéder au pouvoir.

Il y a d'une autre part la société économique, c'est-à-dire composée par les entrepreneurs économiques privés, les commerçants, les hommes d'affaire etc.

Et enfin, il y a le reste des citoyens qui souvent, subissent des décisions qui sont prises par les deux sociétés précédentes. Il est donc question que le citoyen s'organise pour qu'il ait un mot à dire chaque fois les autres classes prennent des mesures qui souvent sont au détriment du citoyen. C'est alors normal que le Burundi ait une société civile qui agit au nom de ces citoyens qui n'appartiennent pas à la société politique ou économique. En conclusion, la société civile du Burundi est composée par des organisations à but non lucratif, des églises et des Bashingantahes( les notables).

C.O : Quel est le role des organisations de la société civile dans l'amélioration de la situation politique, sociale et sécuritaire du pays ?

P.N : La contribution de la  société civile est immense. Que ce soit aux purs moments de la guerre, c'est par ailleurs au moment de la guerre que nous avons la naissance de la société civile au Burundi, la société civile s'est toujours exprimée contre les violations des droits humains. La société civile a observé les élections de 2005 et celles de 2010. Sa position a pesé sur le contexte prévalant après les élections et à crédibilisé les résultats des urnes. Elles proposes même des mesures qui devraient être prises pour améliorer les conditions de la vie des citoyens et exprime les préoccupations des ces citoyens.

C.O : Y a-t-il une différence bien nette entre les revendications de la société civile et celles des partis politiques de l'opposition ?

P.N : La grande différence entre l'opposition politique et la société civile est que les partis politiques de l'opposition cherchent à accéder au pouvoir tandis que les militants de la société civile ne sont que des citoyens qui s'organisent pour avoir à dire  dans la conduite des affaires de leurs pays et n'aspirent qu'à être bien gouvernés. Donc, les opposants politiques cherchent à accéder au pouvoir alors que les militants de la société civile ne cherchent qu'à être bien gouvernés.

Qu'il y ait des sujets communs entre nous et les partis politiques de l'opposition, c'est normal car les politiciens jouent sur la sensibilité des citoyens pour gagner leurs voix. Donc, c'est normal quand nous soulevons les préoccupations des citoyens et quelques temps après, l'opposition politique saute dessus car c'est une opposition qui a besoin de gagner nos voix. C'est normal alors que les revendications peuvent être similaires mais ce sont les motivations qui nous distinguent. L'opposition politique est motivée par l'accès au pouvoir et nous par le bien être des citoyens.

C.O : On entend quelque fois des dires que vous vous cacheriez sous le nom de la société civile alors que vous agissez en tant  opposant politique. Quelle est votre réactions à l'en contre de tels dires ?

P.N : En 2005, il y a eu des élections. Ce sont les partis politiques qui ont gagné mais on n'a vu aucun candidat de la société civile.

En 2010, ça a été le même cas. Ce qui importe pour nous, ce que les politiciens, de n'importe quel bout ils viennent ; qu'ils se préoccuper du bien être des citoyens. Que personne ne cherche pas à nous opposer au pouvoir parce que nous ne cherchons pas à le remplacer.

C.O : Quel bilan faites-vous de la situation politique, sociale et économique dans ces jours-ci au Burundi ?

P.N : La situation politico sociale et économique que nous vivons est préoccupante. D'abord sur le plan politique, il se pose une question fondamentale, celle du dialogue politique. Les acteurs politiques ne s'entendent pas après les élections de l'année passée. L'opposition s'est retirée et le CNDD-FDD a gagné d'une manière écrasante où nous risquons de retourner dans un quasi monopartisme. Il faut que les dirigeants d'aujourd'hui trouvent des mécanismes de dialogue pour rassurer tous les citoyens y compris ceux qui ne les ont pas votés. Il faut également que l'opposition comprenne que les Burundais n'ont plus besoin de retomber dans le contexte de la guerre. Nous appelons les deux partenaires, c'est- à- dire le pouvoir et les partis politiques de l'opposition à s'engager dans un dialogue franc pour éviter que le Burundi retombe dans les moments difficiles.

Sur le plan économique, la pauvreté s'accroît du jour au jour, la montée des prix des produits de première nécessité s'observe chaque jour et ne fait que voir que le pouvoir d'achat des citoyens qui se réduit du jour au jour rendant les conditions de vie difficiles

Sur le plan sécuritaire, on entend chaque jour qu'il y a des morts ici et là comme si on n'est pas conscient que ceux qui son entrain de mourir ne sont pas de citoyens burundais. Nous demandons que tous acteurs politiques et sociaux se mettent ensemble pour trouver les moyens d'améliorer les conditions de vie des citoyens.

C.O : Quel le plus grand défi avez-vous déjà rencontré depuis que vous êtes le délégué général du FORSC ?

P.N : J'ai été élu délégué général du FORSC le 1er mars 2009 et un mois plus tard, dans la nuit du 8 au 9 avril 2009, Ernest MANIRUMVA, vice-président de l'OLUCOME (Observatoire de lutte contre la corruption et les malversations) était assassiné. Depuis lors, mon plus grand combat est de trouver la vérité sur l'assassinat d'Ernest Manirumva. Vous savez que par ricochet à la recherche de la justice pour Ernest Manirumva,  FORSC a été supprimé en novembre 2009 mais fort heureusement réhabilité en 2010. Je dirais que le  grand défi pendant mon premier et deuxième mandat est de retrouver la vérité sur l'assassinat d'Ernest Manirumva et de faire comprendre aux gens le message et l'action de la société civile.

C.O : Avez-vous un message particulier à donnent à ceux qui vous lisent ?

P.N : J'invite les Burundais à participer et s'intéresser d'avantage à des questions qui intéressent leurs pays. Les difficultés que connaissent la société civile aujourd'hui ne sont dues qu'au fait que certains citoyens burundais considèrent la société civile comme une autre classe de citoyens et non pas comme une partie d'eux-mêmes.

Il est important que les citoyens s'engagent. On sent qu'on a un peuple que je dirais timoré, qui exprime son opinion ou sa désapprobation quand il est désapprouvé en murmurant.

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