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La générosité selon Bill Gates

 Macadam (France) 23 May 2019

Le fondateur de Microsoft incarne une nouvelle philanthropie, calquée sur le modèle de l’entreprise. TF1 le soir, RTL le matin. Et en prime une conférence à guichets fermés pour convaincre que l’aide au développement peut être un outil efficace. L’emploi du temps du Bill Gates philanthrope n’a rien à envier à celui du Bill Gates fondateur de Microsoft. Depuis trois ans, l’ex-homme le plus riche du monde se consacre exclusivement à la fondation qu’il a créée avec son épouse. (748 Words) - By Solène Cordier

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Les 48 heures qu'il passe sur le sol français les 4 et 5 avril s'inscrivent ainsi dans le cadre du lancement européen de la campagne The Living Proof Project, une initiative multimédia de promotion des succès de la fondation Bill et Melinda Gates en termes de santé mondiale.

Devenu philanthrope sur le tard, Bill Gates a toujours revendiqué l'application d'une stratégie "business" à sa fondation. Figure de proue de ceux que la chercheuse Virginie Seghers appelle "les nouveaux philanthropes", il transpose ce qui a fait le succès de son entreprise à sa façon de donner. Efficacité, pragmatisme, position dominante sur le marché. En dix ans, la fondation Bill et Melinda Gates est ainsi devenue, plus qu'un acteur incontournable, un gourou en matière de philanthropie.

Priorité à l'aide au développement

Sa puissance financière inégalée (sa fondation est aujourd'hui dotée de 34 milliards de dollars) est évidemment un pilier de cette "success story". Son "empowerment", un terme cher aux acteurs du secteur, qui désigne sa capacité à se saisir des enjeux, est unanimement reconnu. Au point que l'homme d'affaires Warren Buffett a préféré en 2006 faire don de 37 milliards de dollars à la fondation de son ami que créer sa propre structure.

L'autre particularité de la philanthropie à la sauce Bill Gates réside dans le choix de ses causes. A l'encontre de la tradition américaine consistant à agir au niveau local, son terrain de jeu est le monde entier. Son objectif global: faire reculer la pauvreté, notamment en finançant des programmes de recherche et en nouant des partenariats avec les autres acteurs du développement; agences onusiennes, gouvernements, ONG.

Cette omniprésence mondiale n'est d'ailleurs pas du goût de tous. Alors que les priorités en matière de développement ont été fixées au niveau international par les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), certains observateurs accusent Bill Gates de suivre son propre agenda. Sa focalisation par exemple sur la recherche d'un vaccin pour vaincre la malaria a forcément des répercussions sur l'orientation des programmes de recherche. Des programmes sont ainsi abandonnés, faute de financements, au profit d'autres.

Le club des hyper-riches généreux

Depuis juin 2010, l'action philanthropique de Bill Gates ne se limite plus à sa fondation. En lançant le "Giving Pledge" (littéralement "promesse de don") avec son ami Warren Buffett, le multimilliardaire est devenu le représentant des hyper-riches généreux. Moins d'un an après son lancement, 59 grandes fortunes ont promis de faire don d'une partie de leur argent à des œuvres caritatives.

Cette capacité d'entraînement n'a pas encore séduit de milliardaires français. Certains observateurs pensent néanmoins que le succès du Giving Pledge les a "décomplexés" et qu'ils pourraient se faire moins discrets sur leurs actions. Comme aux Etats-Unis, une génération de philanthropes entrepreneurs, qui s'engagent activement, émerge en effet depuis quelques années dans l'Hexagone. Le modèle Gates du "patron philanthrope" fait des émules.

Les critiques pointent

Parallèlement, des critiques se font jour au sein même de la communauté des philanthropes pour dénoncer cette croyance que les méthodes de l'entreprise peuvent fonctionner aussi bien pour l'aide au développement que pour n'importe quelle activité. "On passe du stade de l'émerveillement à celui de l'inquiétude, analyse Laurent Terrisse, directeur de l'agence Limite. La seule logique entrepreneuriale ne suffit pas pour résoudre par exemple un problème de santé publique. Les dimensions politique et humaine ne peuvent pas être occultées."

L'autre inquiétude que soulève la fondation Gates est liée à sa gouvernance. Comme souvent dans les fondations familiales, son conseil d'administration est composé des époux Gates et du père de Bill. Mais le pouvoir de la fondation, qui a plus d'influence sur l'aide au développement que les agences de l'ONU, interroge ce type de fonctionnement.

En 2007, des journalistes du Los Angeles Times révélaient que la fondation Gates détenait 1,5 milliard de dollars d'actions de laboratoires pharmaceutiques limitant l'accès à des molécules essentielles pour les pays pauvres. Un exemple qui illustre l'autre question majeure que pose la manne financière que gère la fondation Gates: celle de ses investissements.

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